Mes objectifs 2006 étaient clairs : obtenir ma qualification campagne. Ce ne fut pas sans difficultés. La météo, les instructeurs pris par l’école de début, mes vols en s

emaine … C’est au Pic Saint Loup au mois août, que, pris en charge par deux instructeurs de choc, Thierry et René (du Pic), j’ai enfin décroché mon autorisation campagne après un mémorable aller simple St Martin – Millau avec 30 nœuds de vent de face.

La fin d’année 2006 a elle-même été couronnée par l’obtention de mon brevet D, ayant à mon capital les 5 heures et 1000 mètres obtenus à Issoire et les 50 bornes Beynes-Nonancourt en compagnie de FLH.

2007 promet d’être sympathique, mes intentions : les 300 km et pourquoi pas la compète. De toute façon les deux sont tout à fait jouables en même temps.

L’idéal serait que je trouve un entraîneur, un moustachu qui m’aide le matin à débroussailler la météo afin de me fixer un circuit, pour progresser. Mais le matin en semaine à Beynes, je suis souvent le seul à ouvrir les hangars à 10 heures, l’heure du … briefing. Je vole peu le week-end, travaillant le samedi (sauf exception), mais je me rattrape le lundi et le jeudi.

Cet hiver, pour réaliser mes circuits, je me suis offert PDA/GPS, agrémenté d’un logiciel bien connu dédié au vol à voile, et qui permet en autres choses de s’imposer des points de virages, de calculer son plan, de connaître sa finesse instantanée et de la comparer à la finesse requise pour savoir par exemple si le retour au terrain peut se faire en simple ligne droite ou bien représente une prouesse impossible…

Merveilleux mois d’avril.

Chaque sortie est l’occasion d’un entraînement en vu de réaliser une épreuve. Je m’impose même de tout petits circuits riquiquis pour les mauvaises journées afin d’apprendre à franchir la porte de départ et à tourner un point. Comme mon entraînement est quelque peu solitaire, j’avance à tâtons pour m’étalonner par rapport à ma machine : apprendre à ressentir physiquement les plans tout en gardant une marge de sécurité pour rentrer au terrain.

Au début, ne connaissant pas la fiabilité de mon nouveau calculateur, je m’impose un retour au dessus du terrain avec une marge de 500 mètres sol. Je me rends vite compte que cette marge est bien trop confortable et qu’elle m’oblige à faire des S pour perdre de l’altitude pour ne pas emplafonner nos très chères zones.

Donc progressivement je passe de 500 à 400 puis 350 et enfin 300 mètres sol de marge de sécurité lors d’un retour au terrain. 300 mètres c’est encore très confortable pour faire un tour de piste académique sans aucune précipitation. Compte tenu de mon expérience je m’oblige à ne pas descendre au dessous de cette limite. Si je passe sous les 300 mètres c’est que j’ai déjà mon champ depuis un bail.

En semaine, compte tenu de mes obligations familiales, je suis «de vache interdite». J’ai l’obligation absolue d’être de retour au plus tard à la maison à 18 h 45 pétantes, sans quoi de potentielles interdictions de vols me pendent au nez. En semaine donc, la plus grande rigueur s’impose et si je circuite, je reste en local aéro pour pouvoir être éventuellement dépanné par air.

Ce 6 mai 2007, chacun sait que c’est dimanche … J’ai appris depuis peu que je vais avoir enfin un coéquipier pour tenter le Schalow à Chérence. La perspective de me lancer réellement dans la compétition devient enfin une réalité. Je dis «enfin» car il n’y a pas de réelle motivation dans notre club pour présenter des candidats débutants aux épreuves amicales et/ou régionales. Et je ne veux surtout pas m’imposer; on craint toujours de se faire mal voir, je ne sais pas pourquoi … question d’ambiance.

Ce qui m’aurait le plus tenté cette année, c’est le régional de Buno. Terrain hautement symbolique pour moi, puisque j’y ai fait mes classes en 2002-2003 et surtout parce que mon père vole là bas. Mais voilà, il faut l’autorisation pour prendre une machine… cela se comprend, il s’agit d’un matériel collectif qu’on ne peut pas confier à n’importe qui.

Professionnellement mon agenda est bouqué au moins 6 mois à l’avance. Tout changement dans un délai inférieur est très difficile, voire impossible, mais je me suis gardé cette semaine de début août ouverte. Par ailleurs, nous avons l’habitude, mon père et moi de nous offrir une semaine de vol à voile dans le sud durant cette même semaine. Timidement, j’ai demandé l’autorisation d’y participer à notre chef. Le temps passant et n’ayant pas de réponse formelle, j’ai finalement renoncé à participer à ce challenge. Nous retournerons voler au Pic en août.

J’espère faire mes preuves au Schalow 2007, l’année prochaine mon organisation sera vraisemblablement plus facile … question de confiance. L’idéal pour le Schalow c’est qu’on peut être chaperonné par un ancien qui apporte sa caution, merci Roland.

La journée du 6 mai s’apparente donc à une de mes dernières séances d’entraînement avant mon premier pas, en rencontre amicale à Chérence. La météo n’est pas folichonne, elle nous impose le local du terrain malgré quelques bonnes petites pompes sous cumulus qui nous propulsent au plafond de la zone. Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas travailler mon plan. Le jeu est très simple : je m’éloigne jusqu’à me retrouver à la limite de la marge de sécurité de 300 mètres pour le tour de piste. A priori rien de bien sorcier, si ce n’est que je ne suis plus en finesse 10 mais presqu’au double. Je pars, je reviens, une fois, deux fois … C’est une journée tranquille à +1 de vario.

Au moment d’entamer mon 3ème aller/retour et après avoir fait le plafond de la zone au dessus du bois de Beynes, j’aperçois une rangée de cumulus dans la direction de Houdan, un peu loin mais qui semblent jouables. Je ne doute pas que je vais être confronté à ce genre de prise de décision 15 jours plus tard. Devant moi au moins 4 champs posables sur la route…

Il faut dire aussi je n’ai jamais réellement vécu de vraie vache jusqu’alors. Chaque fois ce fut sur un terrain extérieur. Bien sûr depuis deux ans que je prépare le PPL à la mauvaise saison, André m’a fait encadrer presque tous les champs du coin en DH 251, mais ce n’est pas pareil. Et puis, n’ayant jamais eu l’occasion de dépanner, je ne sais même pas ranger un planeur dans sa boite. Il y a plein d’informations qui restent plus ou moins confidentielles dans notre club, non pas par rétention volontaire, mais tous simplement on en parle pas car on a peur de passer pour une andouille. Des petits trucs tout idiot comme le tableau des clés, la carte grise de la remorque et puis laquelle prendre …

Soyons tout de suite biens clairs, je ne cherche pas volontairement à me poser dans un champ, une telle décision serait irresponsable. Je parts vers Houdan avec la ferme intention de faire demi-tour au moment où je risque de perdre ma marge de sécurité de 300 mètres pour le retour au terrain. Seulement voilà, arrivé au point fatidique, je suis sous le cumulus mais il ne donne rien, je cherche un peu persuadé d’être capable d’accrocher quelque chose, mais en vainc et je passe sous le plan. Pas du tout inquiet, je suis encore haut, plus de 500 mètres sol, mais simplement un peu éloigné du terrain pour y rentrer en ligne droite. Il me faut récupérer 100 à 150 mètres pour me retrouver à l’aise avec ma marge de sécurité de 300 mètres au dessus du terrain. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard, j’ai seulement besoin d’une pompe sur le retour.

Mes champs étaient là à l’aller, je les retrouve donc au retour: je chemine de champ en champ à l’affût de la moindre pompignolette.

Le ciel à ce moment là devient blanc laiteux et les planeurs encore en vol s’annoncent les uns après les autres en «vent arrière». Les conditions s’aggravent mais calmement, l’air devient de plus en plus stable.

J’arrive à capter un petit +0.2/+0.3 qui me maintient pendant un certain temps à 400 mètres. Je prends sereinement tout mon temps pour égrener mes "check listes avant vache"; je chipote sur le choix du champ tout en me rapprochant le plus possible de Beynes. Celui là est bordé par une ligne électrique, celui-ci est trop éloigné de la route…

300 mètres.
mon champ est définitivement choisi, il est beau, bien marron, immense, parfaitement dans l’axe du vent. Je suis à 300 mètres et je me maintiens assez longtemps, 5 à 10 minutes, pour choisir précisément mon point d’aboutissement dans l’angle nord ouest de ce beau rectangle. Pour une première vraie vache, on ne peut rêver mieux.

Et puis la pompignolette disparaît et le vario redevient négatif. «Tout va bien continues». Après la sortie du train, des copains encore en l’air essaient de me guider vers une hypothétique ascendance, je lui réponds que pour moi à 175 mètres les jeux sont faits. Je m’annonce en base sur mon champ train sorti pour rassurer tout le monde, puis en finale pour enfoncer le clou.

J’atterris comme une fleur exactement à l’endroit choisi. Impeccable, machine et pilote indemne, pas une rayure. Je rassure tout le monde et indique ma position par radio. (Car évidemment, c’est à ce moment là que mon téléphone tombe en rade.)

Souvenirs inoubliables : un Stampe fait deux passages au dessus de moi en battant des ailes. Des cyclistes viennent me rendre visite… il fait encore beau malgré le voile, il fait bon, la vie est belle.

Après ce quart d’heure de contemplation bucolique, j’entreprends le démontage du planeur en commençant par les scotchs, la profondeur et les gouvernes qui ne sont pas automatiques sur Victor 34.

Je n’ai pas longtemps à attendre, les copains débarquent rapidement. Il faut dire que je ne suis qu’à 5 kilomètres du terrain juste au nord du village de Vic. Franche camaraderie; le pliage de la machine se fait sans réelle difficulté, le sol étant très sec. Je leur suis redevable d’une double tournée, c’est dommage que Joël soit fermé le dimanche, mais ce n’est que partie remise.

Je ressens un réel plaisir à bichonner nos belles machines; il y a quelque chose de féminin dans leurs formes arrondies. Et le coup de chiffonette sur leur verrière incite au rêve de nouvelles aventures aériennes même les jours de pluie. C’est donc toujours très motivé que je retourne au terrain le lendemain matin pour remonter notre beau Victor 34.

A 10 heures ce lundi, je suis seul… seul avec le chef. Ce n’est pas l’accueil chaleureux dont on rêve qui m’attend. Comment le qualifier : remontage de bretelle ou tirage d’oreille ? au choix. J’ai le droit à une sérénade sur la mauvaise gestion de mon vol, sur la sécurité, le prix du matériel … bon c’est son travail. Je garde pour moi la fierté d’avoir géré en parfaite sérénité mon premier atterrissage en campagne

Ma leçon, je me la suis donné tout seul. Cette expérience est une mine d’informations dont je tire immédiatement un grand profit; on apprend beaucoup, par la force des choses lorsqu’on se vache et ça c’est très positif. Est-ce que cela aurait pu mal tourner ? Je ne pense pas, du moins pas ce dimanche là, car je m’y étais mentalement préparé et les champs étaient encore nombreux. Et surtout je me sens beaucoup plus fort maintenant pour affronter ma première épreuve de championnat.

Bons vols à tous …

Dominique LACAILLE