Le vol sur la campagne est un véritable plaisir qu’il n’est pas toujours évident de consommer sans modération lorsqu’on a des obligations familiales ou professionnelles. Il est toujours facile de connaître l’heure à laquelle on se vache mais impossible de prévoir celle de son retour à la maison. C’est pourquoi l’occasion d’une compétition est un moment privilégié où toutes ces inhibitions disparaissent d’un coup ce qui permet la réalisation de circuit sans arrière pensée car tout est prévu pour que, même atterri dans un champ, le pilote soit à l’heure pour l’apéro du soir. Car à Chérence, l'accueil c’est quelque chose.

Le Schalow est une rencontre amicale qui a lieu tous les ans organisé par l’AAVO au mois de mai et qui est traditionnellement très arrosée dans tous les sens du terme.

Pour y participer il faut être deux par machine. Merci encore, Roland pour m’avoir accepté comme coéquipier pour participer à cette aventure. Cette année deux planeurs de Beynes se sont lancés à l’assaut des falaises de Chérence : notre Yankee Jules (Roland et moi) et Zoulou 21 avec comme pilotes Alain et Olivier. Au passage je me permets de remercier ces trois moustachus pour tous leurs conseils car pour moi c’est la grande première.

Jeudi 17, rendez-vous à 8 heures devant les hangars de Beynes. L’objectif était le transport des machines et de leurs remorques dans le Val d’Oise. L’un des coéquipiers devait se faire convoyer par air, l’autre conduisant la remorque par route.

Jeudi, premier arrosage: il pleut et nous décidons de n’emmener que la remorque de YJ et nous voilà tous les quatre en vadrouille dans ma voiture vers notre aérodrome de destination. Objectif : participer au briefing de bienvenue qui aura lieu à 10 heures 30 précises.

Un briefing de compète, ça c’est du briefing qui vaut le coup d’être entendu. Tout y passe: la sécurité, les zones, les règles du jeu y compris les nombreuses festivités qui nous attendent. Comme de bien entendu, ce jeudi de pluie, pas d’épreuve.

Vendredi 18, Roland se fait convoyer par air. Epreuve prévue : aller retour Chartres. Au moment du re-décollage de YJ piloté par Rolland, la pluie (nouvel arrosage) annule de nouveau l’épreuve.

Dans la nuit de vendredi à samedi, passage d’un front froid qui laisse derrière lui de bons augures malgré un ciel couvert ce samedi matin.

Aujourd’hui 19 mai une certaine fébrilité s’empare du terrain de Chérence: les portes des hangars grincent joyeusement et les vélivoles s’agitent dans tous les sens. Rapidement les planeurs sont mis en piste sur cinq lignes Alain et Z21 sont sur la première et je suis avec YJ sur la troisième.

Le briefing est annoncé par haut parleur et tout le monde se précipite à la grand-messe. Et là, Martin Leys nous annonce le programme: compte tenu des bonnes prévisions météo mais de la fermeture de la zone d’Évreux, ils nous ont concocté un «papillon» nord/sud Forges les eaux, Chartres, les Andelys puis retour au terrain.

Chaque point de virage est entouré par une «beer can» de 20 kilomètres de diamètre, ce qui permettra aux jeunes téméraires comme moi de tourner le point de virage 20 km avant destination tout en bouclant le circuit.

Dés la fin du briefing un repas champêtre est organisé chez Françoise (ils ont une famille de chef pilote au poil et qui sait recevoir).

Après avoir mangé, Roland m’aide à plier mes cartes et à faire le point sur l’épreuve.

Rapidement je programme mon PDA et peu de temps après les premiers décollages commencent. Installé dans mon cockpit, j’aperçois Alain s’envoler avec Z21.

C’est un vieux Cessna pittoresque datant de la fin de la deuxième guerre mondiale qui sera mon remorqueur.

«Yankee Jules prêt au décollage !»
Et me voilà tracté pour de nouvelles aventures. Le ciel est pavé de magnifiques cumulus, des comme on en rêve toute l’année, ou bien qu’on devine toujours très loin au large du terrain de Beynes. Mais aujourd’hui ils sont là, juste au dessus et ça promet d’être bon même très bon.

Peu avant 600m QNH le vario se bloque sur +5, je largue. Les instructions sont claires: jusqu’au kilomètre 10, spirale à gauche obligatoire, sécurité oblige et il y a du monde là haut. Rapidement j’atteins la base des nuages vers 1100 m et je me dirige tranquillement derrière la ligne de départ.

«- A tous les planeurs, le dernier décollage à eu lieu à 13 h 14, ouverture de la porte à 13 h 24», annonce le Chef Pilote.

Les conditions sont extra pour ma première épreuve de concours, autant en profiter tout de suite: je passe la porte à 13 h 28 en route vers le nord, direction Forges les Eaux. +1 je ne prends pas, +2 /+3 je spirale. Si tôt dit si tôt fait, je dépasse Etrepagny sans même m’en apercevoir.

Je passe sur la fréquence concours 130.52. Les 20 km avant Forges arrivent rapidement que faire ? Pousser plus loin ou tourner vers Chartres ? Au même moment j’entends sur la fréquence que c’est moins bon vers Dreux. Y aurait-il une dégradation ?

Je vire direction Chartres. C’est toujours très bon et je ne cherche pas à faire les plafonds : dès 1200-1250 m quand la pompe mollit, je transite. Il y a de belles rues on y va.

La Seine approche, changement de décors, bleu devant, les cumulus semblent beaucoup plus éloignés et avec mes idées de ne pas faire les plafonds je ne suis pas très haut 800 m QNH. Mais quand il faut y aller il faut y aller, alors allons-y.

Rien, rien toujours rien la Seine est dessous 650m QNH. Me voilà tout à coup moins euphorique. J’attrape un petit rien vent de face autant dire pas grand-chose. Puis tout à coup les cumulus se reforment et je me fais propulser jusqu’à 1300 m, ouf, c’est reparti mais j’ai perdu pas mal de temps.

«-Yankee Jules de Zoulou 21, je passe sous toi.» C’est Alain avec ses 18 m de ls6 qui me salue. Je ne le vois pas tout de suite, ne l’imaginant pas si bas. Puis je l’aperçois en compagnie d’un Duo, qui file droit devant.

Après mon passage difficile de la Seine, je suis bien content de ne pas être aussi bas qu’eux, surtout que les varios sont moins forts et les ascendances plus espacées. J’assure.

Devant le Duo semble chercher une pompe, il spirale au dessus d’un beau champ marron, il est bien bas le bougre. J’y vais car là ou je suis, il n’y a rien qui monte et l’alti dégringole, 500 m QNH. Le champ est beau, bien orienté, mais ce serait vraiment nounouille d’aller se vacher à 5 km de Dreux. J’en sais quelque chose, je me suis fait tirer l’oreille en me vachant à 5 km de Beynes 15 jours plus tôt. Je cherche à assurer Dreux, je règle mon PDA : ouille, je suis 300 m sous le plan. Le Duo ne semble rien avoir trouvé ou presque, il s’en va.

«- Z21 je vais me poser dans un champ.» annonce Alain, «Z21 posé». Décidément les affaires vont mal. J’accroche un +0 au dessus de mon champ et j’attends. +0,1 j’attends. +0,5 j’attends toujours. L’alti grimpe doucement …doucement, je passe dans le plan de Dreux, re-ouf.

Au loin au sud et assez haut il y a un ls1 qui semble accrocher très fort. Je quitte ma pompignolette salvatrice pour une meilleure au dessus de la base nautique de Dreux puis pour une encore meilleure au dessus des éoliennes guidé gentiment par le ls1 que je décide de filer au train jusqu’à la «beer can» de Chartres, encore tout ému de mon dernier point bas.

Je longe à gauche la route droite Dreux-Chartres. Au loin Chartres, je tourne dés le kilomètre 20 franchi, ne nous attardons pas, il faut remonter maintenant et par les Andelys en plus.

Sur le retour j’accroche quelques bons varios qui me promettent une arrivée assez tranquille. Mais quand même, les Andelys n’ont jamais été aussi loin. Passé leur «beer can» un petit vent d’ouest me ramène tranquillement vers Chérence.

«-Yankee Jules de retour sur la fréquence (119.65)…YJ kilomètre 10 … YJ franchis le kilomètre 2 à 500 m QNH». A ce moment là on peut dire que j’ai un sourire qui va d’une oreille à l’autre, mais attention : il faut assurer un bel atterro sur la 22 que je pratique pour la première fois.

Même en écrivant ces mots le sourire ne me quitte pas. Il faut dire que pour une première épreuve de compète c’en est une belle. Bien sûr, je suis mille fois félicité lors du pot servi ce soir, et le lendemain lors du débriefing, alors que chacun raconte ses exploits épiques de la veille. Bien sûr je ne suis pas le plus rapide mais quelle satisfaction …

Franchement et malgré la pluie qui ne nous à peu quitté les autres jours et compte tenu de l’ambiance qui y règne, une telle épreuve de Schalow ça mérite d’être vécu.

A bientôt sous les pompes…

Dominique LACAILLE