TGV Paris Grenoble ce samedi 17 septembre en route pour un stage voltige planeur, je regarde dehors, il pleut et le plafond ne dépasse pas 500 m. Je me dis, restons optimiste, il peut y avoir un microclimat à Grenoble, souviens-toi de Barcelonnette !

Plus Grenoble approche, plus le plafond descend et plus la pluie va en s’intensifiant, je ne donne pas lourd de cette journée.

Sortie de la gare, il est 10h30, je retrouve Alban, un instructeur que je connais bien puisque j’ai déjà volé avec lui à Beynes et à Barcelonnette. Toujours de bonne humeur, il m’indique que la météo n’est pas si dramatique, on volera sans doute au début d’après-midi.

Je n’ose pas trop lui avouer que, tout compte fait, une demi journée de voltige pour commencer me paraît être un bon compromis.

14h, le ciel se dégage, c’est parti pour Le Versoud. L’aérodrome est entouré de champs de maïs de 2 mètres de haut et je m’interroge sur les zones de dégagement au décollage.

L’équipe locale est super sympa : Christophe, le chef pilote, a cette chaleur des montagnards que l’on apprécie lorsque l’on rentre dans un refuge après une longue journée de marche.

Le Versoud est équipé de 2 pistes, une dure et une herbe avec un trafic relativement important : ULM, Rallye, Robin, etc…, hélicoptère et planeurs là aussi en tous genres.

La zone planeur est partagée avec l’Armée de l’Air qui dispose d’un parc machines important (Pégase, Janus, Marianne, Dimona, Abeille). L’ambiance est cordiale, cela me rappelle mon service militaire, j’aurais aimé le passer à voler, c’est certain.

 

Une petite photo vertical terrain est plus explicite.

 

 

 

Mise en piste, le FOX est curieux, de profil, on pense immédiatement à un requin, à la différence que le fuselage est étiré dans le sens vertical pour disposer d’une plus grande inertie et ainsi résister aux G. Les ailes sont petites et dotées d’un profil adapté aux grandes vitesses de vol. Elles sont ornées sur chaque bord d’attaque d’une perche indiquant les inclinaisons dites « académiques » (+/- 45°, 90°) et équipée de fils de laine. Il ressemble à un joli jouet que l’on n’imagine toutefois pas si simple à dompter.

 

 

 

 

Alban me briefe sur l’appareil et les figures que nous réaliserons dans ce « premier cycle » de voltige. Le FOX peut accepter +6/-4G en vol en duo et +7/-4G en vol solo. La VNE est de 280 km/h, mais la plupart des figures s’exécutent entre 180 et 240 km/h. Voilà qui va me changer de mon K23… Alban me rappelle qu’il faut prendre garde à ne pas sortir du domaine de vol, la VNE est très vite atteinte à 90°.

Autre impératif, le domaine d’évolution est formé par une boîte (le box) de 1000 mètres de côté et sa base est à 300 m QFE.

Si vous avez déjà fait le calcul, vous avez compris que les 1000 m sont parcourus très rapidement en ligne droite (180 km/h, = 50 M/s = traversée du box en 20 secondes). Donc, pour rester dans le box, il est hors de question de perdre 5 secondes à réfléchir quelle figure vous allez entreprendre. Aussi, telle une ballerine, vous devez vous concocter un programme qui vous garantira de rester dans le box.

Et me voilà en train de recopier sur un bout de papier les signes cabalistiques compréhensibles par les seuls initiés de la voltige symbolisant les figures proposées par mon instructeur. Allez, j’avoue, il me plaît déjà ce bout de papier. Le piège se referme, le virus est maintenant inoculé alors que je ne suis pas encore monté dans la machine.

 

Une voix me ramène à la réalité, « Allez Roald, c’est à nous ». OK, je m’installe, harnais 5 points, plus une ventrale supplémentaire de sécurité, réglés serrés à souhait. A part cela, rien de surprenant, tableau de bord normal, G mètre en plus.

Décollage, le FOX est effectivement très réactif aux gouvernes, normal vu leur taille. Mon impression en arrivant sur le terrain se confirme au passage du champ de maïs en bout de piste, il n’y a pas de dégagement aux abords immédiat du terrain, il faut attendre 120 mètres QFE pour être un peu plus relax. Puis on monte, on monte. La montagne est superbe. A gauche, la Chartreuse, la dent de Crolles et la piste en herbe artificielle pour les parapentistes. A droite à 1h, le Mont-Blanc, c’est beau.

Le remorqueur fait demi-tour et se dirige vers l’axe du terrain. On se brèle, il reste encore 2, 3 centimètres de bretelles à sérer. Gmètre à zéro, le cœur s’accélère déjà un peu. J’entends le remorqueur annoncer, « India Kilo à 30 secondes du début d’évolution ». Je regarde l’alti, 1500 mètres, merci pour le rab de 200 mètres Aurélien, je sens que je vais en avoir besoin.

Et c’est parti, largage juste avant le box. On bat des ailes deux fois et on démarre le programme : boucle, retournement sous montée 45°, tonneaux (loupés), renversement, rétablissement tombé, dent de requin, et on enchaîne jusqu’aux 300 m réglementaires.

Quoi, on est déjà posé, quand est-ce que l’on repart ? Je m’en doutais, le temps d’incubation du virus est vraiment ultra-court, une montée de 15 mn et une descente de 3 mn… et me voilà contaminé.

 

Curieusement, je n’ai pas du tout été gêné par les accélérations. En revanche, j’ai bien pris la mesure des progrès à accomplir en terme de précision de pilotage et de rigueur dans l’enchaînement des figures, de respect du domaine de vol. Il va falloir répéter au sol pour rester dans le box.

 

Après quelques averses, le retour du beau temps… et 14 rotations 5 jours plus tard, voilà ce que peut donner une évolution voltige d’un jeune breveté de quelques jours. A la vue de la vidéo, vous comprendrez qu’il reste du travail !

 

(bande son supprimée)

 

Je suis tout de même satisfait car on arrive à enchaîner un « vrai » programme sans patauger.

 

Les images de la vidéo sont belles, les figures très perfectibles, je peux le constater lorsque j’observe les pros, Aurélien, Robert et Lionel évoluer en SWIFT ou en FOX au dessus du terrain, c’est magique.

Je quitte le stage avec le ciel et la montagne de Grenoble plein les yeux, et en écrivant ces lignes dans le TGV me ramenant à Paris, je sens déjà que ces sensations vont me manquer.

 

Alors rendez-vous l’année prochaine et merci aux acteurs du GVV et aux instructeurs pour leur disponibilité et leur gentillesse. Merci aussi à Alban pour sa patience qui n’est pas étrangère dans l’art de faire partager cette passion sévèrement contagieuse. Tout va bien, je connais l’antidote, quelques rotations de FOX suffiront !