TGV Paris Grenoble ce samedi 17 septembre en route pour un stage voltige planeur, je regarde dehors, il pleut et le plafond ne dépasse pas 500 m. Je me dis, restons optimiste, il peut y avoir un microclimat à Grenoble, souviens-toi de Barcelonnette !

Plus Grenoble approche, plus le plafond descend et plus la pluie va en s’intensifiant, je ne donne pas lourd de cette journée.

Sortie de la gare, il est 10h30, je retrouve Alban, un instructeur que je connais bien puisque j’ai déjà volé avec lui à Beynes et à Barcelonnette. Toujours de bonne humeur, il m’indique que la météo n’est pas si dramatique, on volera sans doute au début d’après-midi.

Je n’ose pas trop lui avouer que, tout compte fait, une demi journée de voltige pour commencer me paraît être un bon compromis.

14h, le ciel se dégage, c’est parti pour Le Versoud. L’aérodrome est entouré de champs de maïs de 2 mètres de haut et je m’interroge sur les zones de dégagement au décollage.

L’équipe locale est super sympa : Christophe, le chef pilote, a cette chaleur des montagnards que l’on apprécie lorsque l’on rentre dans un refuge après une longue journée de marche.

Le Versoud est équipé de 2 pistes, une dure et une herbe avec un trafic relativement important : ULM, Rallye, Robin, etc…, hélicoptère et planeurs là aussi en tous genres.

La zone planeur est partagée avec l’Armée de l’Air qui dispose d’un parc machines important (Pégase, Janus, Marianne, Dimona, Abeille). L’ambiance est cordiale, cela me rappelle mon service militaire, j’aurais aimé le passer à voler, c’est certain.

 

Une petite photo vertical terrain est plus explicite.

 

 

 

Mise en piste, le FOX est curieux, de profil, on pense immédiatement à un requin, à la différence que le fuselage est étiré dans le sens vertical pour disposer d’une plus grande inertie et ainsi résister aux G. Les ailes sont petites et dotées d’un profil adapté aux grandes vitesses de vol. Elles sont ornées sur chaque bord d’attaque d’une perche indiquant les inclinaisons dites « académiques » (+/- 45°, 90°) et équipée de fils de laine. Il ressemble à un joli jouet que l’on n’imagine toutefois pas si simple à dompter.

 

 

 

 

Alban me briefe sur l’appareil et les figures que nous réaliserons dans ce « premier cycle » de voltige. Le FOX peut accepter +6/-4G en vol en duo et +7/-4G en vol solo. La VNE est de 280 km/h, mais la plupart des figures s’exécutent entre 180 et 240 km/h. Voilà qui va me changer de mon K23… Alban me rappelle qu’il faut prendre garde à ne pas sortir du domaine de vol, la VNE est très vite atteinte à 90°.

Autre impératif, le domaine d’évolution est formé par une boîte (le box) de 1000 mètres de côté et sa base est à 300 m QFE.

Si vous avez déjà fait le calcul, vous avez compris que les 1000 m sont parcourus très rapidement en ligne droite (180 km/h, = 50 M/s = traversée du box en 20 secondes). Donc, pour rester dans le box, il est hors de question de perdre 5 secondes à réfléchir quelle figure vous allez entreprendre. Aussi, telle une ballerine, vous devez vous concocter un programme qui vous garantira de rester dans le box.

Et me voilà en train de recopier sur un bout de papier les signes cabalistiques compréhensibles par les seuls initiés de la voltige symbolisant les figures proposées par mon instructeur. Allez, j’avoue, il me plaît déjà ce bout de papier. Le piège se referme, le virus est maintenant inoculé alors que je ne suis pas encore monté dans la machine.

 

Une voix me ramène à la réalité, « Allez Roald, c’est à nous ». OK, je m’installe, harnais 5 points, plus une ventrale supplémentaire de sécurité, réglés serrés à souhait. A part cela, rien de surprenant, tableau de bord normal, G mètre en plus.

Décollage, le FOX est effectivement très réactif aux gouvernes, normal vu leur taille. Mon impression en arrivant sur le terrain se confirme au passage du champ de maïs en bout de piste, il n’y a pas de dégagement aux abords immédiat du terrain, il faut attendre 120 mètres QFE pour être un peu plus relax. Puis on monte, on monte. La montagne est superbe. A gauche, la Chartreuse, la dent de Crolles et la piste en herbe artificielle pour les parapentistes. A droite à 1h, le Mont-Blanc, c’est beau.

Le remorqueur fait demi-tour et se dirige vers l’axe du terrain. On se brèle, il reste encore 2, 3 centimètres de bretelles à sérer. Gmètre à zéro, le cœur s’accélère déjà un peu. J’entends le remorqueur annoncer, « India Kilo à 30 secondes du début d’évolution ». Je regarde l’alti, 1500 mètres, merci pour le rab de 200 mètres Aurélien, je sens que je vais en avoir besoin.

Et c’est parti, largage juste avant le box. On bat des ailes deux fois et on démarre le programme : boucle, retournement sous montée 45°, tonneaux (loupés), renversement, rétablissement tombé, dent de requin, et on enchaîne jusqu’aux 300 m réglementaires.

Quoi, on est déjà posé, quand est-ce que l’on repart ? Je m’en doutais, le temps d’incubation du virus est vraiment ultra-court, une montée de 15 mn et une descente de 3 mn… et me voilà contaminé.

 

Curieusement, je n’ai pas du tout été gêné par les accélérations. En revanche, j’ai bien pris la mesure des progrès à accomplir en terme de précision de pilotage et de rigueur dans l’enchaînement des figures, de respect du domaine de vol. Il va falloir répéter au sol pour rester dans le box.

 

Après quelques averses, le retour du beau temps… et 14 rotations 5 jours plus tard, voilà ce que peut donner une évolution voltige d’un jeune breveté de quelques jours. A la vue de la vidéo, vous comprendrez qu’il reste du travail !

 

(bande son supprimée)

 

Je suis tout de même satisfait car on arrive à enchaîner un « vrai » programme sans patauger.

 

Les images de la vidéo sont belles, les figures très perfectibles, je peux le constater lorsque j’observe les pros, Aurélien, Robert et Lionel évoluer en SWIFT ou en FOX au dessus du terrain, c’est magique.

Je quitte le stage avec le ciel et la montagne de Grenoble plein les yeux, et en écrivant ces lignes dans le TGV me ramenant à Paris, je sens déjà que ces sensations vont me manquer.

 

Alors rendez-vous l’année prochaine et merci aux acteurs du GVV et aux instructeurs pour leur disponibilité et leur gentillesse. Merci aussi à Alban pour sa patience qui n’est pas étrangère dans l’art de faire partager cette passion sévèrement contagieuse. Tout va bien, je connais l’antidote, quelques rotations de FOX suffiront !

 

 

 

Le Monstre approche, large, puissant, noir.

Monter ou fuir ? 

Je suis loin, je suis seul, condamné au sol.
Et toi devant moi. 
L’Azur se vide il ne reste que nous deux, face à face.
L’assaut est inévitable, 
Je me prépare au combat.

Mes ailes craquent, tes bourrasques vibrent, je t’observe, je te sens, je patiente.
Je cherche ton centre, ta vie, ta force. 
Je veux t’atteindre au cœur, sans merci, sans pitié, pour ne te donner aucune chance. 
Je t’attends.

Tu me gifles, je t’enroule, je m’accapare ta puissance et je monte. 
Ta gueule béante m’avale. 
Tu me recraches de dédain et je retombe, moi si petit face à ta force colossale. 
Pas question de rompre, j’y retourne.
Je resserre mon étreinte. 
Tu me nargues.
Tu me brasses dans tes remous phénoménaux, je te perds, je te reprends. 
Là ! Je ne te lâcherai plus. 
Je te tiens.

Ta base sombre approche et la jouissance de te vaincre se mêle de la crainte de disparaître dans ton antre : victoire ou défaite, monter ou fuir ?
Déjà ma vue s’embrume, mes ailes disparaissent, la nuit s’avance, la fin s’annonce terrifiante. 
Tu m’as voulu et tu m’as.

Je cherche mon salut, je siffle, je me raidis, je te griffe. 
La lumière réapparaît d’un coup, violente, l’angoisse s’évanouit, je m’évade.
A l’abri au soleil, je me retourne, tu disparais. 
Je fus ton seul défit et tu t’évapores, puissance monstrueuse, je t’ai domptée, je t’ai vaincue.

Je souris, je rentre…


Entre Verneuil et Nonancourt le 25 septembre 2008.


Dominique LACAILLE

" - Vous êtes sûre que ma présence n'est pas nécessaire ?... Il a reporté son rendez-vous … " Le téléphone vissé sur l'oreille, je pivote mon fauteuil du côté de la fenêtre pour apercevoir un coin ciel bleu … Serait-il possible que par miracle, cette journée de travail de juin 2007 se transforme en une des meilleures de la saison ? Alors que pour une fois je n'avais pas osé regarder la météo, je me plonge direct sur le net : vite, les temsi et les wintem de l'après-midi. Et l'emagramme qu'est-ce qu'il raconte ? Vent du sud-ouest, 3 à 4/8 de cumulus, plafond 1300 mètres et 3m/s de Vz, ne serait-ce pas une belle journée de balade qui s'annonce ? C'est toujours la même course lorsque je bosse le matin et que je me sens pousser des ailes pour l'après-midi : dés que le dernier patient a refermé derrière lui la porte du cabinet, je file à la maison : changement de tenue, casse-croûte sur le pouce et me voilà en route pour Beynes les lunettes de soleil dans une main et le bob dans l'autre avec un petit pincement au cœur : c'est tard pour un vélivole 13 heures, vais-je avoir la machine que je souhaite ?

Je viens d'être lâché Pégase. C'est marrant tout le monde à un avis différent sur cette machine. Ou c'est tout blanc ou c'est tout noir, très rarement gris. Si j'ai bien compris le Pégase est le passage obligé entre le Ls4 et les autres planeurs plus mythiques comme l'Asw24, le Discus et autres Ls6… Je n'ai pas eu une mauvaise impression lors de mon premier vol le 10 juin dernier : 5 heures 17 tout de même pour tester la Bête. Deux points cependant m'ont un peu contrariés : je n'ai pas réussi à le trimer de manière efficace comme un Ls4 dans les pompes ; il a toujours besoin d'être " travaillé ", je trouve le roulis induit important et il a tendance à accélérer facilement dans les ascendances. Le deuxième point est la position du palonnier : les jambes sont très arquées vers l'intérieur, ce qui m'a donné un mal de chien au genoux ; j'étais sans cesse en train d'essayer de trouver une position antalgique et c'est sûr que cela se ressent au niveau de la qualité du pilotage. " - Tu n'as qu'à positionner tes pieds en haut des palonniers ce sera plus confortable. " m'avais dis Alain ; position que je n'est pas manqué de tester le lundi suivant. C'est mieux mais c'est spécial, la cinématique des pieds est un peu particulière quand on n'a pas l'habitude : ce n'est pas la jambe qui travaille mais pratiquement uniquement la cheville qui pivote pour actionner la pédale.

" - Alors Eric, c'est pour aujourd'hui les 5 heures ? " Quand je me pointe devant les hangars, tous les habitués sont déjà sur le pied de guerre. Alban décolle avec un élève en Duo, Pierre et René équipent Charlie Kilo, Claude descend Zoulou 21 et Eric tente encore sa chance avec Alpha Sierra. Paul arrive après moi, finalement j'arrive encore à ne pas être le dernier. Golf Victor heureusement m'attend encore. Vision d'horreur : lorsque je retire la house de verrière, je tombe sur un nid…d'araignées. Plus de cinquante bestioles ont éclos sous la verrière du Pégase. Je peux vous assurer que j'ai fait une pré vol poussée de l'intérieur du cockpit. C'est un coup à se mettre rapidement au tapis si on n'y prend pas garde. Je vous laisse imaginer la guerre de tranchée… Si vous volez en short, réfléchissez-y à deux fois.

" - On va peut-être tenter Dreux, me dit René. Pourquoi pas. - Vous avez vu les gars aujourd'hui c'est le paradis, les cumulus sont alignés pour aller directement jusqu'à Chartres. " Je me rentre un petit circuit Anet-Dreux-Beynes avec comme ligne de départ Auteuil, si je peux pousser plus loin, j'aviserais sur place.

13 heures 42 : " Roméo Zoulou décollage 30 à Beynes avec Golf Victor ". C'est parti. Quatre minutes plus tard et à 520 m QNH le vario se colle sur +5, je largue. Ça s'annonce plutôt très bon. 13 heures 53 : " Task started " m'annonce la douce voix synthético-féminine de mon PDA. Il ne m'a fallu que deux spirales pour me retrouver à 14 heures au dessus de Flexanville. C'est magique, les rues de cumulus sont parfaitement organisées, je me fais aspirer en ligne droite jusqu'à 1500 m. Une bonne pompe juste avant mon premier point de virage et je franchis Anet à 14 heures 24.

" - Golf Victor au dessus de la foret de Dreux, y a-t-il des planeurs de Beynes dans le coin ? - Salut Golf Victor ; Echo 5, nous venons de Chérence et nous passons Anet en direction de Chartres, me répond Alban. - Je suis devant vous et je vais vous voir passer à bientôt… "

Mais avant de poursuivre il faut que je passe l'aérodrome de Dreux, mon deuxième point de virage. Il faut que je le franchisse maintenant car si au retour les conditions sont moins bonnes je risque de dire au revoir à mon " comme prévu ". Evidemment comme tout point de virage qui se respecte, il ne se situe pas là où cela monte le mieux, ce qui me laisse tout loisir d'admirer Echo 5 filler beaucoup plus à l'est vers Chartres. Tant pis pour la poursuite, il est trop loin maintenant.

Connaissez-vous le " triangle de Bû " ? Comment vous décrire la zone ? C'est une espèce de triangle des Bermudes où les malheureux planeurs qui s'y aventurent sont irrémédiablement aspirés. Une falaise imaginaire sur laquelle vous vous trouvez perché à 1650 m à l'ouest et un gouffre de 600 m de profondeur si vous avez le malheur de passer à l'est car vous n'êtes pas encore dans notre zone dérogatoire au niveau 55. Par vent du sud ouest, emplafonner cette zone est d'une facilité déconcertante : prenez une pompe au dessus des éoliennes de Dreux, en général ça monte bien, laissez vous dériver et paf ! vous voilà gobé d'un coup par le triangle de Bû. Cela ne vous est jamais arrivé ? Ne vous inquiétez pas, ça viendra.

Aujourd'hui pas question de se faire avoir, je suis bien décidé à rester à l'ouest de la zone à 3500 pieds malgré un vent du 270 pour 20km/h.

Tiens ! je ne suis pas seul, quel est ce planeur qui spirale en direction de Nonancourt ? " - Golf Victor secteur aérodrome de Dreux, planeur de Beynes dans la zone ? - … ", pas de réponse. Ce planeur n'est pas de chez nous, il est habillé de marquages anticollision, ce doit être un copain de Chérence.

Les conditions sont idéales, je ne vais pas m'arrêter en si bon chemin. Allez, cap sur Chartres, j'aurais peut-être la chance de retrouver Echo 5.

Le mois de juin n'est pas idéal pour partir sur la campagne : il n'y a plus de champs et il faut être très rigoureux pour rester en local d'un aérodrome. Pour aller vers Chartres je décide de passer par la base ULM de Pierre du côté de Maintenon. La plateforme est très facile à repérer. Il y a de beaux cumulus dans le coin, j'en profite pour faire de point : je me calle dans une pompe et je sors mes cartes. L'ergonomie du Pégase est très pratique pour les cartes, la pochette est idéale, elle évite de faire des contorsions comme dans le Ls4 où je les range sous mon bras gauche et qui ne manquent pas de se coincer sous le siège …

Je suis à 5 km de Bailleau, 6 km de Chartres, le vent a forci 25 km/h du sud ouest, le plafond dépasse les 1500 m ; je continue ou je rentre ? C'est à ce moment de réflexion que je me fais dépasser par le planeur inconnu de tout à l'heure. " - Golf Victor en local de Chartres, je passe sur la fréquence Chartres. " Sous mon cumulus je regarde le planeur s'éloigner plein sud. Là où il va les nuages semblent beaucoup plus épars. Il n'a pas l'air de monter, bien au contraire, les conditions ont l'air moins faciles. Il est peut-être temps de remonter vers le nord. Je repasse sur 120.42. " - Dominique, c'est comment du côté de Chartres, me demande Claude. - J'ai l'impression que cela se complique au sud, je remonte vers Dreux où les pompes sont encore puissantes. "

Pour retourner à Dreux, fini les lignes droites sous les rues de nuages, il faut travailler un peu plus les ascendances avant de transiter sous du grand bleu. Vers Anet je croise Charlie Kilo vers 1300 m. "- Charlie Kilo de Golf Victor, ça vous tente de venir avec moi jusqu'à Chérence, on est pratiquement en local d'ici. - Tu parles me répond Pierre d'un ton un peu dépité, on vient de se taper un point bas à 600 m QNH, on va peut-être aller jusqu'à Dreux mais c'est même pas sûr. "

Tout de même, jusqu'à présent je ne suis pas passé au dessous des 1200 m QNH, le plafond est au moins à 1700 m, ils exagèrent les Papys, ou alors un Pégase, c'est vraiment un bon planeur… Avant d'aller m'aventurer vers Chérence, je décide d'interroger le starter pour savoir si la zone Charlie est active. La réponse de Pascal est assez laconique : Charlie était actif en début de journée mais il faut interroger les ATIS de De Gaulle et d'Orly pour s'assurer qu'ils sont toujours face à l'ouest. Manque de bol, je n'ai pas les fréquences ATIS car je n'ai pas la carte des zones de Beynes avec moi mais celle de Chérence (qui reprend celle de Beynes en bien plus pratique, je pourrais vous la montrer … mais qui n'a pas les fréquences ATIS). Dans le doute je décide de passer par Bréval et Bonnière pour atteindre Chérence. " - Golf Victor passe fréquence Chérence ; Starter Chérence, Golf Victor, bonjour. - Bonjour Golf Victor. - Pégase Golf Victor de Beynes, quelles sont vos conditions de zones ? - Nous sommes en conditions Mantes 55 ouest. - Merci beaucoup. " Mantes 55 ouest, sur ma petite abaque de Chérence tout devient clair, les zones sont actives et on peut tranquillement transiter en respectant le FL45 soit 1400 m QHN ce qui est assez confortable.

Vers 16 heures 20 j'arrive comme une fleur au dessus de Chérence, je m'attarde un peu, je spirale un temps avec les planeurs du coin puis vient le temps de rentrer. J'attrape une bonne pompe qui me propulse aux 1400 m règlementaires et c'est parti tout droit vers Beynes. Vu la journée ce ne serait vraiment pas de chance si sur le chemin je ne trouve pas une dernière ascendance pour m'assurer le retour à la maison… " - Golf Victor quitte la fréquence et repasse avec Beynes, Bonne soirée ; Golf Victor de retour sur la fréquence en transit depuis Chérence. "

-1, -2, -4, c'est la gamelle de la journée. Pas la moindre ascendance que du négatif comment est-ce possible, la masse d'air a-t-elle changé à ce point ? J'arrive à 600 m QNH au sud du transformateur qui lui-même est au sud des cheminées de Porcheville. Il Faut que je trouve une pompe n'importe laquelle et vite.

On a tous un sens de spirale préférentiel n'est-ce pas ? Moi c'est à droite. Je préfère tirer le manche à droite que de le pousser à gauche, c'est instinctif, je me sens plus incisif à droite. Pourtant souvent à gauche je monte mieux, vraisemblablement parce que je vole moins vite en spiralant à gauche qu'à droite. C'est curieux, c'est certainement lié à la mécanique du bras droit. J'ai remarqué aussi que lorsque j'ai un siège mal réglé, trop en avant, je vole trop vite et je suis moins performant dans les ascendances, je fais une pré vol très rigoureuse à ce niveau car c'est le vol dans son ensemble qui en sera affecté. Les champions doivent se concocter des machines qui leur collent à la peau question réglages.

Or je n'ai pas encore dompté le Pégase, le palonnier n'est pas encore un régal et je suis encore vraiment moins à l'aise à gauche qu'à droite, donc le moindre souffle vertical, je le prends à droite, pourvu que cela ne soit pas trop pénalisant car question stress j'ai ma dose : il n'y a pas vraiment de champ posable sans risque sous mes ailes. Devant moi un vague espoir : on dirait un champs de maïs où la végétation n'a pas pris uniformément, un côté plutôt vert, l'autre dans un coin plutôt marron. L'orientation par rapport au vent : pas trop mal, mais pourquoi n'est-il pas uniforme ce champ, y a-t-il un trou, une mare asséchée ou des cailloux heureusement que je n'en connaîtrais jamais la réponse, du moins pas aujourd'hui. C'est autour de ce champ qu'il faut absolument que je monte car ailleurs il n'y a rien d'autre que des cultures hautes et bonjour le planeur si j'arrive dedans. 600 m QNH l'aile frémit, +0, tant pis j'enroule… +0,1 -0,2 pendant 10 minutes j'oscille entre 600 et 550 m. S'il m'arrive un pépin, je préfère m'annoncer : " - Starter Beynes de Golf Victor … - Golf Victor on t'écoute me répond Pascal. - Je suis en train de faire un point bas au sud du transformateur, 550 m QNH… - Bien reçu, Golf Victor… - J'ai un champ … "

J'avais déjà eu soif en vol, c'est très désagréable, depuis j'emporte toujours de l'eau avec moi. Je me suis trouvé une gourde à tuyau dans un magasin de sport, très pratique pour boire en vol. Avant j'emportais une petite bouteille mais imaginez vous dans les conditions actuelles dévisser le bouchon, boire au goulot tout en bataillant ferme pour ne pas se retrouver au tas, pas facile … et c'est toujours dans des cas critiques qu'on a soif, très soif. Donc la gourde à tuyau genre cycliste ou randonneur, je vous la conseille grandement.

Et puis c'est reparti : +0,5 +0,7 +1. Mais une autre difficulté survient : le vent me fait dériver dans la zone à 2500 pieds, à 750 m il faut avancer et je ne suis pas encore en local du terrain. J'avance donc droit vers le Beynes. Kilomètre 5 : 480 m QNH et plus un seul champ vachable. Je vous laisse calculer la finesse nécessaire pour rentrer en longue finale ; la hauteur sol n'est que de 370 m, ce n'est pas haut. Une dernière pompe, une seule et je rentre… elle est là devant moi je la sens c'est reparti. Toi je ne te lâcherai pas. +1 tout va bien je reviens dans le plan.

" - Et Golf Victor il en est ou, demande Pascal. - Golf Victor de retour en local terrain …ouf. "

Je pourrais faire durer un peu mais j'ai eu mon compte ou ma claque comme on veut, je passe en vent arrière. Echo 5 est sur le retour lui aussi en vent arrière juste devant moi. " - Echo 5 de Golf Victor, j'ai visuel sur toi. - Ok me répond Alban, je poserai court le Duo. - Ok pour moi, je poserai long, Golf Victor. "

Eric nous fait rigoler en nous racontant que ce n'est pas aujourd'hui qui gardera Alpha Sierra pendant 5 heures. " - Tu devais payer ta tournée Eric, on t'attend au tournant. Même si tu n'as pas fait tes 5 heures. - Et on a rudement soif aujourd'hui… " Tout le monde se met à le charrier et il annonce pour rire : - Alpha Sierra, radio en panne, je n'entends plus rien, je n'entends plus rien… "

J'ai un nouveau tracas pendant cette longue vent arrière, pourquoi Echo 5 file-t-il si loin vers Plaisir ? Sachant que je suis derrière lui, n'aurait-il pas du accélérer sa descente aux AF pour que je ne perde pas le visuel sur lui. J'aimerais bien qu'il soit posé avant moi, j'ai peur de lui couper la route en passant en base et de nous retrouver étagés verticalement l'un au dessus de l'autre. Je n'aime pas ça, et s'il n'est pas aussi court que prévu… Et maintenant qu'il m'a fait retarder mon entrée en base je suis limite plan faible pour poser long, tous aérofreins rentrés. Il y a du vent il faut que je majore ma vitesse. Le manuel de vol donne 98 km/h de VOA plus la moitié du vent, je calle le badin sur 110. Echo 5 vient de poser il est court, c'est bon je suis au milieu de ma finale sans AF ; je ne serai pas aussi long que prévu mais ça passe largement.

Le problème est qu'un Pégase sans AF, avec un train non amorti et une vitesse légèrement majorée, c'est très vicieux à l'atterrissage. En plus j'arrive tout droit au centre de la piste, là où il y a le creux et plein dans la descente … et ce qui doit arriver arrive : le temps de dire m…, je fais un magnifique rebond et en public s'il vous plait. Cela ne fait pas 10 minutes que le chef est de retour sur le terrain et il a pu entièrement assister au spectacle ; j'ai eu le droit à ses félicitations.

Bons vols à tous

Dominique LACAILLE

Mes objectifs 2006 étaient clairs : obtenir ma qualification campagne. Ce ne fut pas sans difficultés. La météo, les instructeurs pris par l’école de début, mes vols en s

emaine … C’est au Pic Saint Loup au mois août, que, pris en charge par deux instructeurs de choc, Thierry et René (du Pic), j’ai enfin décroché mon autorisation campagne après un mémorable aller simple St Martin – Millau avec 30 nœuds de vent de face.

La fin d’année 2006 a elle-même été couronnée par l’obtention de mon brevet D, ayant à mon capital les 5 heures et 1000 mètres obtenus à Issoire et les 50 bornes Beynes-Nonancourt en compagnie de FLH.

2007 promet d’être sympathique, mes intentions : les 300 km et pourquoi pas la compète. De toute façon les deux sont tout à fait jouables en même temps.

L’idéal serait que je trouve un entraîneur, un moustachu qui m’aide le matin à débroussailler la météo afin de me fixer un circuit, pour progresser. Mais le matin en semaine à Beynes, je suis souvent le seul à ouvrir les hangars à 10 heures, l’heure du … briefing. Je vole peu le week-end, travaillant le samedi (sauf exception), mais je me rattrape le lundi et le jeudi.

Cet hiver, pour réaliser mes circuits, je me suis offert PDA/GPS, agrémenté d’un logiciel bien connu dédié au vol à voile, et qui permet en autres choses de s’imposer des points de virages, de calculer son plan, de connaître sa finesse instantanée et de la comparer à la finesse requise pour savoir par exemple si le retour au terrain peut se faire en simple ligne droite ou bien représente une prouesse impossible…

Merveilleux mois d’avril.

Chaque sortie est l’occasion d’un entraînement en vu de réaliser une épreuve. Je m’impose même de tout petits circuits riquiquis pour les mauvaises journées afin d’apprendre à franchir la porte de départ et à tourner un point. Comme mon entraînement est quelque peu solitaire, j’avance à tâtons pour m’étalonner par rapport à ma machine : apprendre à ressentir physiquement les plans tout en gardant une marge de sécurité pour rentrer au terrain.

Au début, ne connaissant pas la fiabilité de mon nouveau calculateur, je m’impose un retour au dessus du terrain avec une marge de 500 mètres sol. Je me rends vite compte que cette marge est bien trop confortable et qu’elle m’oblige à faire des S pour perdre de l’altitude pour ne pas emplafonner nos très chères zones.

Donc progressivement je passe de 500 à 400 puis 350 et enfin 300 mètres sol de marge de sécurité lors d’un retour au terrain. 300 mètres c’est encore très confortable pour faire un tour de piste académique sans aucune précipitation. Compte tenu de mon expérience je m’oblige à ne pas descendre au dessous de cette limite. Si je passe sous les 300 mètres c’est que j’ai déjà mon champ depuis un bail.

En semaine, compte tenu de mes obligations familiales, je suis «de vache interdite». J’ai l’obligation absolue d’être de retour au plus tard à la maison à 18 h 45 pétantes, sans quoi de potentielles interdictions de vols me pendent au nez. En semaine donc, la plus grande rigueur s’impose et si je circuite, je reste en local aéro pour pouvoir être éventuellement dépanné par air.

Ce 6 mai 2007, chacun sait que c’est dimanche … J’ai appris depuis peu que je vais avoir enfin un coéquipier pour tenter le Schalow à Chérence. La perspective de me lancer réellement dans la compétition devient enfin une réalité. Je dis «enfin» car il n’y a pas de réelle motivation dans notre club pour présenter des candidats débutants aux épreuves amicales et/ou régionales. Et je ne veux surtout pas m’imposer; on craint toujours de se faire mal voir, je ne sais pas pourquoi … question d’ambiance.

Ce qui m’aurait le plus tenté cette année, c’est le régional de Buno. Terrain hautement symbolique pour moi, puisque j’y ai fait mes classes en 2002-2003 et surtout parce que mon père vole là bas. Mais voilà, il faut l’autorisation pour prendre une machine… cela se comprend, il s’agit d’un matériel collectif qu’on ne peut pas confier à n’importe qui.

Professionnellement mon agenda est bouqué au moins 6 mois à l’avance. Tout changement dans un délai inférieur est très difficile, voire impossible, mais je me suis gardé cette semaine de début août ouverte. Par ailleurs, nous avons l’habitude, mon père et moi de nous offrir une semaine de vol à voile dans le sud durant cette même semaine. Timidement, j’ai demandé l’autorisation d’y participer à notre chef. Le temps passant et n’ayant pas de réponse formelle, j’ai finalement renoncé à participer à ce challenge. Nous retournerons voler au Pic en août.

J’espère faire mes preuves au Schalow 2007, l’année prochaine mon organisation sera vraisemblablement plus facile … question de confiance. L’idéal pour le Schalow c’est qu’on peut être chaperonné par un ancien qui apporte sa caution, merci Roland.

La journée du 6 mai s’apparente donc à une de mes dernières séances d’entraînement avant mon premier pas, en rencontre amicale à Chérence. La météo n’est pas folichonne, elle nous impose le local du terrain malgré quelques bonnes petites pompes sous cumulus qui nous propulsent au plafond de la zone. Ce n’est pas une raison suffisante pour ne pas travailler mon plan. Le jeu est très simple : je m’éloigne jusqu’à me retrouver à la limite de la marge de sécurité de 300 mètres pour le tour de piste. A priori rien de bien sorcier, si ce n’est que je ne suis plus en finesse 10 mais presqu’au double. Je pars, je reviens, une fois, deux fois … C’est une journée tranquille à +1 de vario.

Au moment d’entamer mon 3ème aller/retour et après avoir fait le plafond de la zone au dessus du bois de Beynes, j’aperçois une rangée de cumulus dans la direction de Houdan, un peu loin mais qui semblent jouables. Je ne doute pas que je vais être confronté à ce genre de prise de décision 15 jours plus tard. Devant moi au moins 4 champs posables sur la route…

Il faut dire aussi je n’ai jamais réellement vécu de vraie vache jusqu’alors. Chaque fois ce fut sur un terrain extérieur. Bien sûr depuis deux ans que je prépare le PPL à la mauvaise saison, André m’a fait encadrer presque tous les champs du coin en DH 251, mais ce n’est pas pareil. Et puis, n’ayant jamais eu l’occasion de dépanner, je ne sais même pas ranger un planeur dans sa boite. Il y a plein d’informations qui restent plus ou moins confidentielles dans notre club, non pas par rétention volontaire, mais tous simplement on en parle pas car on a peur de passer pour une andouille. Des petits trucs tout idiot comme le tableau des clés, la carte grise de la remorque et puis laquelle prendre …

Soyons tout de suite biens clairs, je ne cherche pas volontairement à me poser dans un champ, une telle décision serait irresponsable. Je parts vers Houdan avec la ferme intention de faire demi-tour au moment où je risque de perdre ma marge de sécurité de 300 mètres pour le retour au terrain. Seulement voilà, arrivé au point fatidique, je suis sous le cumulus mais il ne donne rien, je cherche un peu persuadé d’être capable d’accrocher quelque chose, mais en vainc et je passe sous le plan. Pas du tout inquiet, je suis encore haut, plus de 500 mètres sol, mais simplement un peu éloigné du terrain pour y rentrer en ligne droite. Il me faut récupérer 100 à 150 mètres pour me retrouver à l’aise avec ma marge de sécurité de 300 mètres au dessus du terrain. Pas de quoi casser 3 pattes à un canard, j’ai seulement besoin d’une pompe sur le retour.

Mes champs étaient là à l’aller, je les retrouve donc au retour: je chemine de champ en champ à l’affût de la moindre pompignolette.

Le ciel à ce moment là devient blanc laiteux et les planeurs encore en vol s’annoncent les uns après les autres en «vent arrière». Les conditions s’aggravent mais calmement, l’air devient de plus en plus stable.

J’arrive à capter un petit +0.2/+0.3 qui me maintient pendant un certain temps à 400 mètres. Je prends sereinement tout mon temps pour égrener mes "check listes avant vache"; je chipote sur le choix du champ tout en me rapprochant le plus possible de Beynes. Celui là est bordé par une ligne électrique, celui-ci est trop éloigné de la route…

300 mètres.
mon champ est définitivement choisi, il est beau, bien marron, immense, parfaitement dans l’axe du vent. Je suis à 300 mètres et je me maintiens assez longtemps, 5 à 10 minutes, pour choisir précisément mon point d’aboutissement dans l’angle nord ouest de ce beau rectangle. Pour une première vraie vache, on ne peut rêver mieux.

Et puis la pompignolette disparaît et le vario redevient négatif. «Tout va bien continues». Après la sortie du train, des copains encore en l’air essaient de me guider vers une hypothétique ascendance, je lui réponds que pour moi à 175 mètres les jeux sont faits. Je m’annonce en base sur mon champ train sorti pour rassurer tout le monde, puis en finale pour enfoncer le clou.

J’atterris comme une fleur exactement à l’endroit choisi. Impeccable, machine et pilote indemne, pas une rayure. Je rassure tout le monde et indique ma position par radio. (Car évidemment, c’est à ce moment là que mon téléphone tombe en rade.)

Souvenirs inoubliables : un Stampe fait deux passages au dessus de moi en battant des ailes. Des cyclistes viennent me rendre visite… il fait encore beau malgré le voile, il fait bon, la vie est belle.

Après ce quart d’heure de contemplation bucolique, j’entreprends le démontage du planeur en commençant par les scotchs, la profondeur et les gouvernes qui ne sont pas automatiques sur Victor 34.

Je n’ai pas longtemps à attendre, les copains débarquent rapidement. Il faut dire que je ne suis qu’à 5 kilomètres du terrain juste au nord du village de Vic. Franche camaraderie; le pliage de la machine se fait sans réelle difficulté, le sol étant très sec. Je leur suis redevable d’une double tournée, c’est dommage que Joël soit fermé le dimanche, mais ce n’est que partie remise.

Je ressens un réel plaisir à bichonner nos belles machines; il y a quelque chose de féminin dans leurs formes arrondies. Et le coup de chiffonette sur leur verrière incite au rêve de nouvelles aventures aériennes même les jours de pluie. C’est donc toujours très motivé que je retourne au terrain le lendemain matin pour remonter notre beau Victor 34.

A 10 heures ce lundi, je suis seul… seul avec le chef. Ce n’est pas l’accueil chaleureux dont on rêve qui m’attend. Comment le qualifier : remontage de bretelle ou tirage d’oreille ? au choix. J’ai le droit à une sérénade sur la mauvaise gestion de mon vol, sur la sécurité, le prix du matériel … bon c’est son travail. Je garde pour moi la fierté d’avoir géré en parfaite sérénité mon premier atterrissage en campagne

Ma leçon, je me la suis donné tout seul. Cette expérience est une mine d’informations dont je tire immédiatement un grand profit; on apprend beaucoup, par la force des choses lorsqu’on se vache et ça c’est très positif. Est-ce que cela aurait pu mal tourner ? Je ne pense pas, du moins pas ce dimanche là, car je m’y étais mentalement préparé et les champs étaient encore nombreux. Et surtout je me sens beaucoup plus fort maintenant pour affronter ma première épreuve de championnat.

Bons vols à tous …

Dominique LACAILLE

Le vol sur la campagne est un véritable plaisir qu’il n’est pas toujours évident de consommer sans modération lorsqu’on a des obligations familiales ou professionnelles. Il est toujours facile de connaître l’heure à laquelle on se vache mais impossible de prévoir celle de son retour à la maison. C’est pourquoi l’occasion d’une compétition est un moment privilégié où toutes ces inhibitions disparaissent d’un coup ce qui permet la réalisation de circuit sans arrière pensée car tout est prévu pour que, même atterri dans un champ, le pilote soit à l’heure pour l’apéro du soir. Car à Chérence, l'accueil c’est quelque chose.

Le Schalow est une rencontre amicale qui a lieu tous les ans organisé par l’AAVO au mois de mai et qui est traditionnellement très arrosée dans tous les sens du terme.

Pour y participer il faut être deux par machine. Merci encore, Roland pour m’avoir accepté comme coéquipier pour participer à cette aventure. Cette année deux planeurs de Beynes se sont lancés à l’assaut des falaises de Chérence : notre Yankee Jules (Roland et moi) et Zoulou 21 avec comme pilotes Alain et Olivier. Au passage je me permets de remercier ces trois moustachus pour tous leurs conseils car pour moi c’est la grande première.

Jeudi 17, rendez-vous à 8 heures devant les hangars de Beynes. L’objectif était le transport des machines et de leurs remorques dans le Val d’Oise. L’un des coéquipiers devait se faire convoyer par air, l’autre conduisant la remorque par route.

Jeudi, premier arrosage: il pleut et nous décidons de n’emmener que la remorque de YJ et nous voilà tous les quatre en vadrouille dans ma voiture vers notre aérodrome de destination. Objectif : participer au briefing de bienvenue qui aura lieu à 10 heures 30 précises.

Un briefing de compète, ça c’est du briefing qui vaut le coup d’être entendu. Tout y passe: la sécurité, les zones, les règles du jeu y compris les nombreuses festivités qui nous attendent. Comme de bien entendu, ce jeudi de pluie, pas d’épreuve.

Vendredi 18, Roland se fait convoyer par air. Epreuve prévue : aller retour Chartres. Au moment du re-décollage de YJ piloté par Rolland, la pluie (nouvel arrosage) annule de nouveau l’épreuve.

Dans la nuit de vendredi à samedi, passage d’un front froid qui laisse derrière lui de bons augures malgré un ciel couvert ce samedi matin.

Aujourd’hui 19 mai une certaine fébrilité s’empare du terrain de Chérence: les portes des hangars grincent joyeusement et les vélivoles s’agitent dans tous les sens. Rapidement les planeurs sont mis en piste sur cinq lignes Alain et Z21 sont sur la première et je suis avec YJ sur la troisième.

Le briefing est annoncé par haut parleur et tout le monde se précipite à la grand-messe. Et là, Martin Leys nous annonce le programme: compte tenu des bonnes prévisions météo mais de la fermeture de la zone d’Évreux, ils nous ont concocté un «papillon» nord/sud Forges les eaux, Chartres, les Andelys puis retour au terrain.

Chaque point de virage est entouré par une «beer can» de 20 kilomètres de diamètre, ce qui permettra aux jeunes téméraires comme moi de tourner le point de virage 20 km avant destination tout en bouclant le circuit.

Dés la fin du briefing un repas champêtre est organisé chez Françoise (ils ont une famille de chef pilote au poil et qui sait recevoir).

Après avoir mangé, Roland m’aide à plier mes cartes et à faire le point sur l’épreuve.

Rapidement je programme mon PDA et peu de temps après les premiers décollages commencent. Installé dans mon cockpit, j’aperçois Alain s’envoler avec Z21.

C’est un vieux Cessna pittoresque datant de la fin de la deuxième guerre mondiale qui sera mon remorqueur.

«Yankee Jules prêt au décollage !»
Et me voilà tracté pour de nouvelles aventures. Le ciel est pavé de magnifiques cumulus, des comme on en rêve toute l’année, ou bien qu’on devine toujours très loin au large du terrain de Beynes. Mais aujourd’hui ils sont là, juste au dessus et ça promet d’être bon même très bon.

Peu avant 600m QNH le vario se bloque sur +5, je largue. Les instructions sont claires: jusqu’au kilomètre 10, spirale à gauche obligatoire, sécurité oblige et il y a du monde là haut. Rapidement j’atteins la base des nuages vers 1100 m et je me dirige tranquillement derrière la ligne de départ.

«- A tous les planeurs, le dernier décollage à eu lieu à 13 h 14, ouverture de la porte à 13 h 24», annonce le Chef Pilote.

Les conditions sont extra pour ma première épreuve de concours, autant en profiter tout de suite: je passe la porte à 13 h 28 en route vers le nord, direction Forges les Eaux. +1 je ne prends pas, +2 /+3 je spirale. Si tôt dit si tôt fait, je dépasse Etrepagny sans même m’en apercevoir.

Je passe sur la fréquence concours 130.52. Les 20 km avant Forges arrivent rapidement que faire ? Pousser plus loin ou tourner vers Chartres ? Au même moment j’entends sur la fréquence que c’est moins bon vers Dreux. Y aurait-il une dégradation ?

Je vire direction Chartres. C’est toujours très bon et je ne cherche pas à faire les plafonds : dès 1200-1250 m quand la pompe mollit, je transite. Il y a de belles rues on y va.

La Seine approche, changement de décors, bleu devant, les cumulus semblent beaucoup plus éloignés et avec mes idées de ne pas faire les plafonds je ne suis pas très haut 800 m QNH. Mais quand il faut y aller il faut y aller, alors allons-y.

Rien, rien toujours rien la Seine est dessous 650m QNH. Me voilà tout à coup moins euphorique. J’attrape un petit rien vent de face autant dire pas grand-chose. Puis tout à coup les cumulus se reforment et je me fais propulser jusqu’à 1300 m, ouf, c’est reparti mais j’ai perdu pas mal de temps.

«-Yankee Jules de Zoulou 21, je passe sous toi.» C’est Alain avec ses 18 m de ls6 qui me salue. Je ne le vois pas tout de suite, ne l’imaginant pas si bas. Puis je l’aperçois en compagnie d’un Duo, qui file droit devant.

Après mon passage difficile de la Seine, je suis bien content de ne pas être aussi bas qu’eux, surtout que les varios sont moins forts et les ascendances plus espacées. J’assure.

Devant le Duo semble chercher une pompe, il spirale au dessus d’un beau champ marron, il est bien bas le bougre. J’y vais car là ou je suis, il n’y a rien qui monte et l’alti dégringole, 500 m QNH. Le champ est beau, bien orienté, mais ce serait vraiment nounouille d’aller se vacher à 5 km de Dreux. J’en sais quelque chose, je me suis fait tirer l’oreille en me vachant à 5 km de Beynes 15 jours plus tôt. Je cherche à assurer Dreux, je règle mon PDA : ouille, je suis 300 m sous le plan. Le Duo ne semble rien avoir trouvé ou presque, il s’en va.

«- Z21 je vais me poser dans un champ.» annonce Alain, «Z21 posé». Décidément les affaires vont mal. J’accroche un +0 au dessus de mon champ et j’attends. +0,1 j’attends. +0,5 j’attends toujours. L’alti grimpe doucement …doucement, je passe dans le plan de Dreux, re-ouf.

Au loin au sud et assez haut il y a un ls1 qui semble accrocher très fort. Je quitte ma pompignolette salvatrice pour une meilleure au dessus de la base nautique de Dreux puis pour une encore meilleure au dessus des éoliennes guidé gentiment par le ls1 que je décide de filer au train jusqu’à la «beer can» de Chartres, encore tout ému de mon dernier point bas.

Je longe à gauche la route droite Dreux-Chartres. Au loin Chartres, je tourne dés le kilomètre 20 franchi, ne nous attardons pas, il faut remonter maintenant et par les Andelys en plus.

Sur le retour j’accroche quelques bons varios qui me promettent une arrivée assez tranquille. Mais quand même, les Andelys n’ont jamais été aussi loin. Passé leur «beer can» un petit vent d’ouest me ramène tranquillement vers Chérence.

«-Yankee Jules de retour sur la fréquence (119.65)…YJ kilomètre 10 … YJ franchis le kilomètre 2 à 500 m QNH». A ce moment là on peut dire que j’ai un sourire qui va d’une oreille à l’autre, mais attention : il faut assurer un bel atterro sur la 22 que je pratique pour la première fois.

Même en écrivant ces mots le sourire ne me quitte pas. Il faut dire que pour une première épreuve de compète c’en est une belle. Bien sûr, je suis mille fois félicité lors du pot servi ce soir, et le lendemain lors du débriefing, alors que chacun raconte ses exploits épiques de la veille. Bien sûr je ne suis pas le plus rapide mais quelle satisfaction …

Franchement et malgré la pluie qui ne nous à peu quitté les autres jours et compte tenu de l’ambiance qui y règne, une telle épreuve de Schalow ça mérite d’être vécu.

A bientôt sous les pompes…

Dominique LACAILLE

«- Tu n’as pas de planeur ?

Non.
Prends donc le K6.»

 

Ce samedi, comme tous les samedis de boulot, beaucoup de travail. Les patients se succèdent, pas le temps de rêver. Mais ce samedi n’est pas comme les autres, j’ai mon après midi et d’après la météo que je scrute entre deux consultations, ça promet d’être bon.

C’est la course, le temps de grignoter sur le pouce et d’accompagner Adrien à son cours de batterie et me voilà sur la route du terrain. Quel plaisir d’habiter à deux pas. Après le carrefour du Liberty, l’adrénaline monte en apercevant les planeurs alignés en 30. J’ai un mauvais pressentiment : j’arrive trop tard.

Les hangars sont vides. Deux K21 partent en piste, il ne reste que «Echo Alpha» et Alain qui attendent un coup de main pour s’aligner à leur tour.

«-S’il reste un K21, ce serait sympa qu’on face un tour ensemble, me dit Antoine. C’est Pascal qui tient la piste, tu peux toujours lui demander.»

La météo officielle est une chose que j’ai appris à moduler depuis que je vole à Beynes. Il existe des paramètres incontournables qu’il est indispensable de prendre en compte pour se faire un bon pronostic des conditions :«FLH» et «Tango Oscar». Lorsque Thierry (TO) ne sort pas sa grande plume, on peut s’attendre à une journée de type «pas terrible» et lorsque François-Louis (FLH) redescend au bout d’une demi-heure, alors ce sera carrément mauvais.

«-Regarde à gauche, me crie Alain au volant du tracteur jaune, c’est «19» qui rentre.»

Bigre, je n’ai jamais vu un planeur aussi bas. FLH cherche à raccrocher dans le trou de Thiverval, l’effet est saisissant : il parait être pratiquement à notre niveau. Il fait un tour, prend au moins 10 mètres et passe en «vent-arrière» tout en débalastant. Et après ce magnifique tour de prestidigitation, il a encore assez d’eau sous la quille pour s’arrêter juste devant le hangar… la grande classe.

Arrivé au starter treuil, Alain me fait un «amphi-cabine» du tracteur jaune et me lâche aux commandes de l’engin. Bon je ne serais pas venu pour rien, de toute façon, FLH au tas, la journée risque de ne pas être aussi bonne que prévue.

Ruades après ruades, au volant du tracteur, j’arrive tant bien que mal à traverser la piste du starter treuil au starter remorqueur.

«-T’attendras que des planeurs rentrent, me dit Pascal. Tu sais, pour les K21 y-a beaucoup d’élèves, alors…»

Alors il me reste à rentrer tristement aux hangars pour prévenir Antoine, notre petite ballade, ce n’est pas gagné. En passant, je vais saluer les copains. Aujourd’hui, c’est Thierry qui remorque… ce doit vraiment être une mauvaise journée.

«- Tu n’as pas de planeur ?
Non.
Prends donc le K6.»

Le K6 !
Jamais je n’aurais espéré une telle proposition. Depuis mon premier vol en K13, j’avais rêvé d’être lâché sur cette machine mythique. A tel point que je me le suis construit en model réduit. Tous les ans je plane sur la dune du Pyla, la télécommande dans les mains, espérant un jour de monter véritablement dans cette machine… qui ne descend pas.

«-Tu vois le crochet de remorquage est à gauche, me prévient François-Louis, au décollage il a tendance à embarquer à droite. Tu mets plein pied à gauche puis tu relâches doucement. Sinon, c’est un planeur très agréable.»

Quel bonheur, mais pourvu que je ne l’abîme pas … combien de fois l’ai-je vu bichonner sa belle machine de 37 ans cet hiver, c’est un vrai bijou, comme neuf, avec un tableau de bord et un manche en bois vernis. Le détail est poussé jusque dans les vignettes écrites à l’ancienne : «ouverture et largage verrière, ventilation …»

Ce n’est pas peu fier que je remonte la piste en tenant la plume de ma nouvelle monture nommée «17», devant le regard surpris des copains… quel honneur. «17», c’est un nombre premier bien sûr, un chiffre de champion.

Pour fermer la verrière, il est préférable d’avoir une aide extérieure, le principe est simple comme sur mon modèle réduit: deux plots derrière, une targette devant.

«-Verrière verrouillée, pilote attaché, pas d’objet libre, personne devant…je lève le pouce». François-Louis lève la plume et «Delta Hôtel» met les gaz.

Surprenant, à peine ai-je l’impression de rouler, que je suis déjà en l’air. Le K6 est tellement léger que le câble ne se tend pas, il reste fléchi par l’effet de son propre poids.

500 mètres le remorqueur enroule une pompe, je largue. Je règle le gros ressort du compensateur pratiquement en butée arrière, la vitesse décroît rapidement entre 60 et 70 km/h et l’oiseau grimpe… tout seul.

La météo avait prévu des congestus, ils sont là. Les nuages s’organisent en longues rues orientées ouest-nord-ouest. Je quitte la zone à 750 m et m’engage sous le premier alignement. Il ne me faut pas longtemps pour atteindre la base des nuages à 950 m QNH. Je pousse le manche direction plein ouest. La bête monte encore, je pousse plus fort pour ne pas perdre la vue du sol. Plus j’avance plus je monte, il me faut quitter la rue et passer dans le bleu. Je vire au nord et je passe en lisière du nuage.

Je m’attends à trouver un vario négatif, mais non je grimpe encore, et je passe au dessus de la base des nuages…

Le spectacle est magnifique, l’oiseau vole lentement, il semble arrêté comme délicatement posé sur les nuées qui rayonnent du soleil qui les embrase. Le rêve. Je file droit jusqu’à Orgerus, ce qui me laisse le temps d’être capté par le spectacle qui m’entoure. Le K6 est remarquablement confortable et stable.

Je pense un instant partir sur la campagne, les conditions étant si agréables, cependant devant le ciel s’assèche, les cumulus s’espacent et le plafond n’est pas si haut et surtout il y a de moins en moins de champs praticables; il faut songer au retour.

Les cumulus apparaissent et disparaissent à un rythme soutenu. Le K6 capte la moindre bulle et se maintient en l’air alors que les autres planeurs s’annoncent les uns après les autres en «vent-arrière». Je prolonge le plaisir plus de deux heures.

Le ciel se couvre de stratus.

«- 17 en base pour la 30 à Beynes, le train est fixe.» Le planeur se pose sans aucune difficulté.

Au sol, j’attends un coup de main pour retirer la verrière.

«- Ca t’a plu ? me demande Fabienne en me libérant.

Comme en rêve…»

Bons vols.

Dominique LACAILLE